FICHE DE LECTURE La Boétie, « Discours de la servitude volontaire »

Ouvrage remarquable de maturité écrit par un jeune homme de 16 ou 18 ans.

Résumé :

L’homme qui obéit volontairement à un tyran est un homme dénaturé, puisque sa nature est d’être libre et de défendre sa liberté.

Le peuple a oublié sa liberté et s’est accoutumé à une société hiérarchisée où règne la domination. Il a abandonné sa liberté au tyran. C’est son obéissance qui donne au tyran tout son pouvoir .

Mais les hommes cultivés ne se laissent pas endormir comme le gros du peuple, et résistent à l’autoritarisme. Le tyran, pour maintenir sa domination, rend les gens instruits complices de sa tyrannie en leur donnant un pouvoir de domination sur les autres. C’est ainsi que les courtisans perdent eux aussi leur liberté.

L’homme est invité par La Boétie à reconquérir sa liberté par la résistance et l’usage de la raison. Il doit sortir de l’habitude et cesser de consentir à sa servitude. La désobéissance civile (passive, contrairement à la rébellion qui elle est active) suffit à détruire les chaines de la domination. C’est en gardant l’esprit libre que l’on réussit à ne pas rentrer dans la servitude.

Citations :

« C’est un extrême malheur d’être sujet à un maître, duquel on ne se peut jamais assurer qu’il soit bon, puisqu’il est toujours en sa puissance d’être mauvais quand il voudra. »

« Tant d’hommes endurent quelquefois un tyran seul, qui n’a puissance que celle qu’ils lui donnent, (…) qui ne saurait leur faire mal aucun, sinon lorsqu’ils aiment mieux souffrir que lui contredire. »

« La faiblesse d’entre nous hommes est telle, (qu’)il faut souvent que nous obéissions à la force. »

« Quel malheur est celui-là? quel vice, ou plutôt quel malheureux vice? Voir un nombre infini de personnes non pas obéir, mais servir ; non pas être gouvernés, mais tyrannisés. »

« C’est le peuple qui s’asservit, qui se coupe la gorge, qui, ayant le choix ou d’être serf ou d’être libre, quitte la franchise et prend le joug, qui consent à son mal. »

« Les tyrans, plus ils pillent, plus ils exigent, plus ils ruinent et détruisent, plus on leur baille (donne), plus on les sert, de tant plus ils se fortifient et deviennent toujours plus forts et plus frais pour anéantir et détruire tout ; et si on ne leur baille rien, si on ne leur obéit point, sans combattre, sans frapper, ils demeurent nus et défaits et ne sont plus rien. »

« Comment (le tyran) a-t-il aucun pouvoir sur vous, que par vous? (…) Que vous pourrait-il faire, si vous n’étiez receleurs du larron qui vous pille, complices du meurtrier qui vous tue et traîtres à vous-mêmes? »

« Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. »

« Nous ne sommes pas nés seulement en possession de notre franchise, mais aussi avec affectation de la défendre. »

« Même les boeufs sous le poids du joug geignent, / Et les oiseaux dans la cage se plaignent. » (vers de La Boétie)

« Puisque toutes choses qui ont un sentiment, dès lors qu’elles l’ont, sentent le mal de la sujétion et courent après la liberté, puisque les bêtes, qui encore sont faites pour le service de l’homme, ne se peuvent accoutumer à servir qu’avec protestation d’un désir contraire, quelle malencontre a été cela qui a pu tant dénaturer l’homme, seul né, de vrai, pour vivre franchement, et lui faire perdre la souvenance de son premier être et le désir de le reprendre? »

« Il a trois sortes de tyrans les uns ont le royaume par élection du peuple, les autres par la force des armes, les autres par succession de leur race. »

« Le peuple de Syracuse (…) étant pressé par les guerres, inconsidérément ne mettant ordre qu’au danger présent, éleva Denis, le premier tyran, et lui donna la charge de la conduite de l’armée, et ne se donna garde qu’il l’eût fait si grand que cette bonne pièce-là, revenant victorieux, comme s’il n’eût pas vaincu ses ennemis mais ses citoyens, se fit de capitaine roi, et de roi tyran. »

« Le peuple, dès lors qu’il est assujetti, tombe si soudain en un tel et si profond oubli de la franchise (liberté), qu’il n’est pas possible qu’il se réveille pour la ravoir, servant si franchement et tant volontiers qu’on dirait, à le voir, qu’il a non pas perdu sa liberté, mais gagné sa servitude. »

« Tu as éprouvé la faveur du roi ; mais de la liberté, quel goût elle a, combien elle est douce, tu n’en sais rien. Or, si tu en avais tâté, toi-même nous conseillerais-tu la défendre (…) avec les dents et les ongles. »

« Je suis d’avis qu’on ait pitié de ceux qui, en naissant, se sont trouvé le joug sur le col, ou bien que si on les excuse, ou bien qu’on leur pardonne, si, n’ayant vu seulement l’ombre de la liberté et n’en étant point avertis, ils ne s’aperçoivent point du mal que ce leur est d’être esclaves. »

« La première raison de la servitude volontaire, c’est la coutume. »

« Toujours s’en trouve-t-il quelques-uns, mieux nés que les autres, qui sentent le poids du joug et ne se peuvent tenir de le secouer ; qui ne s’apprivoisent jamais de la sujétion. »

« La première raison pourquoi les hommes servent volontiers, est pour ce qu’ils naissent serfs et sont nourris tels. (…) Les gens deviennent, sous les tyrans, lâches et efféminés. »

« (Les gens asservis) perdent aussi en toutes autres choses la vivacité, et ont le coeur bas et mol et incapable de toutes choses grandes. Les tyrans connaissent bien cela, et, voyant qu’ils prennent ce pli, pour les mieux avachir, encore y aident-ils. »

« Le peuple sot fait lui-même les mensonges, pour puis après les croire. » (divinisation des tyrans qui impressionne toujours les masses)

« Ce n’est pas tout (aux hommes) que (d’) (…) obéir (au tyran), il faut encore lui complaire ; il faut qu’ils se rompent, qu’ils se tourmentent, qu’ils se tuent à travailler en ses affaires et puis qu’ils se plaisent de son plaisir, qu’ils laissent leur goût pour le sien. »

« Le tyran n’est jamais aimé ni n’aime. (…) Il ne peut y avoir d’amitié là où est la cruauté, là où est la déloyauté, là où est l’injustice ; et entre les méchants, quand ils s’assemblent, c’est un complot, non pas une compagnie ; ils ne s’entraiment pas, mais ils s’entrecraignent ; ils ne sont pas amis, mais ils sont complices. « 

« (Le tyran) peut tout, (…) il n’y a droit ni devoir aucun qui l’oblige. »

« Ces misérables voient reluire les trésors du tyran et regardent tout ébahis les rayons de sa braveté ; et, alléchés de cette clarté, ils s’approchent et ne voient pas qu’ils se mettent dans la flamme qui ne peut faillir de les consommer. »

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